Partager l'article ! De lère industrielle à l'immatériel : de nouvelles exigences: Quelle utopie collective à présent ? ...

Quelle utopie collective à présent ?
L’intrusion du numérique a accéléré la complexification des systèmes d’échange entre les hommes, les tentations financières conjuguées à l’effondrement de la croyance dans le progrès technique mettent précipitamment à mal le système de pouvoir sur lequel repose la marche du monde.
L’homme n’a jamais été aussi dépendant de ses congénères. Il devient évident que les organisations deviennent collaboratives, chaque décisions appel une étude d’impacte, gagner beaucoup d’argent redevient suspect …
L’occident s’est reconstruit après la seconde guerre mondiale autour des exigences de l’industrie. Les contraintes qui en découlent ont été adoptées autour de la croyance selon laquelle les progrès techniques et sociaux allaient garantir à chacun un monde meilleur.
Les peuples ont accordé un blanc seing à leurs représentants (partis politiques et syndicats).
Chaque pays a adapté sa gouvernance en tenant compte de son passé récent et de ses héritages culturels et économiques.
Les générations ont grandi dans l’idée que la sécurité sociale s’occuperait de leurs malades et de leurs personnes âgées. Au diable la solidarité familiale, bonjour, le monde idéalisé qui décorent nos écrans ! Chacun se prend à rêver d’un monde rempli de copains, où chacun a mérité un bon job et donc une bonne paie avec lequel il achète le samedi de quoi être beau durant la semaine et heureux pendant les vacances.
La réalité est tout autre, d’autant que les candidats au bonheur ne cessent de cloitrent plus vite que le modèle ne le permet. La course pour rejoindre les happy few du radeau devient déraisonnable. Les citoyens que l’on croyait civilisés deviennent barbares.
Les enfants, cœur fragile de notre avenir, paiement au prix fort ce dérèglement : la famille ne tient plus debout, l’école ne les comprend plus, le monde du travail se méfie d’eux !
Aujourd’hui, les gouvernants politiques ont perdu la main sur deux des trois composantes de leur pouvoir :
Ils conservent la main sur le pouvoir législatif et l’appareil de l’état,
Des pans entiers de la finance et l’appareil productif échappent à leur contrôle : la concentration des multinationales conduit à un télescopage de la logique démocratique et la rationalité financière,
L’information décisionnelle est de plus en plus facilement accessible. Elle circule vite dans un public réactif qui ne croit plus au système qui le gouverne.
Les modes de gouvernance strictement top-down ne fonctionnent plus. La démocratie est débordée par l’appareil productif. L’appareil politique n’anticipe plus l’adaptation des garde-fous. Dès lors, tous les excès sont possibles :
Hyper-productivité dans les entreprises qui mettent la population doublement sous tension en tant que travailleur et que consommateur,
Administration extensive sous l’impulsion de politiques tentés de reprendre la main en appliquant à la hâte des recettes qui ne sont plus adaptées, en dispersant l’énergie humaine.
A l’ère industrielle, il importait de maîtriser la matière : y avoir accès, la transformer puis la redistribuer. A l’ère de l’immatériel, il faut en plus innover sans cesse et rapidement car les idées se déplacent vite et sont copiables.
Au-delà des guerres économiques, nous amorçons la guerre des talents !
Conserver et attirer des talents devient prioritaire. Le talent se révèle au grès d’opportunités, dans un contexte de confiance et à condition d’avoir été préparé.
Ainsi, l’immatériel introduit à son tour ses exigences sociales : respect de la personne, qualité de vie, efficacité étatique.
Il n’est pas possible pour un état de se fixer comme objectif de rassembler tous les talents possibles et imaginables. Le développement de l’industrie a nécessité des plans pour organiser l’énergie et la main d’œuvre disponible, l’économie de l’immatériel impose des stratégies en matière de choix de territoires d’excellence.
Ces choix sont complexes car l’innovation dans l’immatériel provient du brassage des expertises et les pratiques qui s’imposent mettent en valeur l’externalisation des brassages. Il faut donc plutôt viser des politiques de partenariats au sein de sphères de confiance.
Maîtriser les partenariats n’a rien de nouveau, cela devient simplement vital !
La gouvernance occidentale et sa sélection d’élites est encore profondément marquée par les exigences des ères précédentes :
préindustrielle : dans le monde de l’entreprise, la hiérarchie s’efface peu à peu au profit des réseaux. Elle est encore trop prégnante dans les institutions qui fonctionnent encore avec des réseaux d’influence trop fermés. L’électeur comprend de mieux en mieux que LE leader, capable de faire face à la complexité des situations et aux interactions des décisions, n’existe plus. La notion d’équipe s’impose.
postindustrielle : la promesse du bonheur par le progrès technique est profondément remis en cause et la question n’est plus de savoir comment partager le profit, mais comment produire étant entendu que les profits doivent être rationalisés entre les talents et les travailleurs d’une part, et les investisseurs d’autre part, sans oublier la contribution à la collectivité qui a rendu cette production possible.
La lenteur du renouvellement de la classe politique et sa faible représentativité constitue un obstacle majeur à la réactivité de l’occident : professionnalisée à outrance, elle invoque l’inexpérience des postulants pour repousser dans ses rangs de nouveaux entrants, souvent issus du monde de l’entreprise et effectivement trompés par les ressemblances apparentes, mais au combien différentes, des flux de pouvoir.
La politique nécessite un apprentissage certes, mais qui se compte en années et non en décennies. Le brassage des expériences est la seule façon de réconcilier le « public » et le « privé ».
Dans l’état actuel des choses, la source d’inspiration devient un problème chronique pour les leaders politiques qui ne peuvent plus se contenter de réfléchir en chambre ou en tête à tête avec les experts sélectionnés par leur propre cercle d’influence. Les entreprises sont confrontées à cette même problématique. Elles y apportent des réponses variées englobées dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler le « management de l’innovation » : innovation ascendante, synthèses créatives, appels à idées, matching d’experts … etc.
Ces pays ont émergés par la volonté de leurs leaders qui ont exploité les faiblesses crées par les dérèglements apparus en occident. Ils ont développé notamment le dumping social et les fonds souverains.
Ils n’ont pas pour autant créés d’utopies attractives : la Chine ne fait pas rêver. Néanmoins, des modèles à succès ouvrent de nouveaux horizons. C’est le cas de l’Inde avec son micro-crédit qui se prolonge dans les modèles d’économie responsable. C’est aussi le cas du Brésil et du Mexique où le pragmatisme volontariste remplace la pauvreté par de la modernité.
Dans ces pays, l’ère postindustrielle est directement pensée avec une vision immatérielle, ce qui leur permet d’avancer plus vite et qui engage l’occident à accélérer ses propres changements de gouvernances.
Remise en cause profonde du système productif et financier : s’atteler à éradiquer les crises, fléau modern qui a remplacé les épidémies et les famines.
La modernisation des processus de fabrication des élites et des modes de gouvernance constituent une autre attente forte.
Le fonctionnement des institutions devient un sujet critique. Il ne s’agit plus de se limiter à faire en sorte que des pays cohabitent dans une zone fédérée par une monnaie unique. Le citoyen entend participer au développement d’une Europe qui compte avec sa longue pratique de la démocratie, ses atouts géographiques, démographiques et économique ainsi que ses liens historiques avec l’ensemble des autres blocs … mais cette Europe ne se fera que par sa détermination. En effet, qui, à part les citoyens européens eux-mêmes, qui a vraiment intérêt à ce que l’Europe s’affirme ?
Il est temps de trier les atouts hérités du passé (notre culture) et de moderniser les structures empilé au fil de l’histoire : les partenaires sociaux de l’ère industrielle, l’arrogance administrative napoléonienne, les privilèges et les découpages géographiques pré-républicains … etc.
Sur le plan économique, une vaste réflexion est à entreprendre sur la manière de redessiner notre appareil productif hérité de l’époque industrielle et rafistolé pour aborder l’ère postindustrielle.
Le modèle de société proposé doit être articulé autour de la nécessité d’innover et d’entreprendre. Ceci amène à repenser notre approche de la solidarité et l’éducation (qui devient permanente).
Tout comme la révolution française, malgré sa violence, n’a finalement qu’amendé le régime précédent, nous devons nous concentrer sur des promesses essentielles, avec comme objectif d’obtenir un état réellement efficient, soucieux d’impulser la modernisation du pays :
Pour la plus part des institutions : accélération de leur recentrage sur leurs missions en adaptant leur gouvernance et surtout leur représentativité,
Mise en place d’indicateurs de modernisation. Ces indicateurs sont mis en place ponctuellement en fonction des objectifs à atteindre (satisfaction usagers, accélération des procédures, réduction du nombre de non-conformités … etc). Ces indicateurs ont pour objet d’éclairer le débat sur l’évolution des moyens et des missions,
Accélération de la restructuration de l’appareil productif : quitter progressivement sa structure en étoile pour aller vers une structure en réseau,
Réaménagement des modes de financement des entreprises de manière à favoriser l’investissement innovant non plus au coup par coup mais avec une stratégie globale de la prise de risque (il faut financer un certain nombre de « google » pour en obtenir un seul),
Sur le plan social : réflexion sur le « revenu minimum du citoyen » à qui il est demandé un minimum d’obligations sociales, sanitaires, sociales et économiques en contre partie d’un revenu et d’un toit. Restructuration du débat social en passant par une réflexion approfondie sur le syndicalisme à la lumière d’un réel débat sur l’évolution du monde du travail,
Sur le plan éducatif : pour favoriser la diversité, réappropriation des décisions au niveau des professionnels et redynamisation par tous les moyens possibles du goût pour la recherche, si précieuse pour les entreprises innovantes,
Décloisonnement des sphères de décisions (privé / public / politique) avec une forte incitation à la mobilité (la « raison d’état » a vécue !).
Cette utopie collective que s’adosse à une réflexion approfondie sur :
Une analyse sereine de ce qui change avec l’avènement de l’ère immatérielle,
Une réflexion sur les partenariats politiques et productifs.
Elle doit répondre aux questions fondamentales des citoyens qui veulent désormais vivre dans un monde :
moins agressif pour l’homme et l’environnement,
qui favorise l’expression personnelle tout en assurant une protection minimum,
où les formes de spiritualité sont un choix personnel positif.
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